le Parti Pirate apporte son soutien à Bruno Kramm, emprisonné en Allemagne

avril 26th, 2016

Le capitaine du Parti Pirate Berlinois, Bruno Kramm a été arrêté hier pour « Insulte à un représentant d'état étranger ». Durant une manifestation, il récita un poème satirique du comédien Jan Boehmermann.

L'arrestation par la police allemande de Bruno Kramm a eu lieu devant l'ambassade de Turquie à Berlin. Elle s'est déroulée à l'occasion d'une manifestation contre les décisions du gouvernement Merkel, prises plus tôt dans le mois, validant les poursuites contre le comédien germanique, Jan Boehmermann, à propos du poème qu'il a récité à l'antenne de la télévision allemande ciblant l'actuel président de la Turquie. Depuis, chaque vendredi, le Parti Pirate a organisé une sensibilisation populaire sur « l'horreur de la censure systématique, l'oppression, le despotisme et les meurtres du dictateur Erdogan ».

Pendant le rassemblement de vendredi dernier, Kramm a été mis en garde par de nombreux officiers de police durant sa récitation. Il fut alors arrêté pour répondre à l'article 103 du Code criminel allemand, rarement utilisé, interdisant les insultes envers des « organes ou des représentants d'états étrangers ».

Dans une déclaration publiée sur le site du Parti, Bruno Kramm précise : « En Turquie, lorsque des personnes critiquent le gouvernement, même légèrement, ils sont persécutés, violentés ou disparaissent. Dans le même temps, le dictateur Erdogan est, lui, autorisé à restreindre significativement le droit d'assemblée et de liberté d'expression en Allemagne de ceux qui disent simplement qu'il bat les Kurdes et les chrétiens ».

De plus, en référence au récent et très critiqué accord Euro-Turc sur les migrants (récemment approuvé par la chancelière allemande Angela Merkel) Kramm ajoute :

« Ceux qui se rendent complices d'une politique inhumaine au sujet des réfugiés ne doivent pas être surpris quand les droits fondamentaux disparaissent aussi en Europe."

Pirate Times a pris contact avec Bruno Kramm pour apprendre qu'il a pu finalement sortir de sa garde à vue, mais qu'il sera convoqué dans les jours qui viennent pour répondre des charges retenues contre lui selon l'article 103 du Code criminel.

Le Parti Pirate Français apporte tout son soutien à cet acte de satire de nos dirigeants. La liberté d'expression en ce qui concerne les puissants ne doit pas souffrir d'exceptions. Que l'on doive le rappeler est en marqueur d'une dérive inquiétante.

Nuit Debout pour une authentique convergence des luttes.

avril 15th, 2016

La Nuit Debout est tout ce que la sphère des commentateurs et analystes médiatiques déteste profondément. Ses chefs de file ne se poussent pas du col et font tout, au contraire, pour empêcher que soient médiatisés quelques arbres proactifs de la forêt militante.

Sa colonne vertébrale est faite de militants des forces alternatives. Ses participants sont divers. Sa teneur sur le fond est encore non identifiée et impossible à étiqueter avec précision. L'ensemble tient fermement à l'écart les médias et leaders politiques traditionnels. Les décisions sont prises par démocratie directe et sans plan préétabli. Enfin, et surtout, dans ces villes de France où ses manifestations émergent, il n'existe rigoureusement aucune connivence entre les participants de la Nuit Debout et les notables, qu'ils soient locaux ou du ‘‘Tout-Paris''.

Tout cela a le don d'exaspérer le millier de personnes qui, médias et politiques mêlés, ont pour habitude de fonctionner en vase clos de questions creuses, de commentaires convenus et de postures stéréotypées. Car soudain, dans ce jeu de rôles répétitif, ennuyeux et usé jusqu'à la corde qu'est le théâtre politico-médiatique parisien, un mouvement festif, neuf et largement improvisé a fait irruption.

En l'observant, en y participant, l'on constate très clairement que les militants de la Nuit Debout sont les petits frères de ceux du sommet de l'OMC à Seattle, acte fondateur du mouvement altermondialiste, et plus près de nous, du mouvement Occupy Wall Street ou des Indignados espagnols. Si la bataille de Seattle accoucha de la légitimation mainstream de plusieurs revendications – notamment la taxe Tobin –, et si les Indignados aboutirent via Podemos à créer un puissant parti de gauche dans le paysage politique de l'Espagne, l'avenir de la Nuit Debout reste à écrire. Concrètement, que faire pour ne pas devenir lettre morte, ou simple happening fugace ?

Il nous semble urgent, et vital, que la Nuit Debout assume sa vocation de convergence des luttes en s'attelant, par la démocratie délibérative qu'elle pratique depuis son lancement, à l'écriture d'un programme politique. Il n'est nul besoin d'un catalogue de réformes techniques : c'est d'une vision, d'un cap collectif, que la population – en particulier les jeunes – a besoin. A cet égard il ne faut en aucun cas avoir peur de diviser ou de déliter le mouvement en lui donnant un manifeste politique explicite. En effet, les luttes alternatives convergent objectivement sur l'essentiel : c'est-à-dire sur une grosse dizaine d'axes forts ayant trait au modèle économique, social et écologique. Il s'agit donc non pas d'imaginer quelque chose qui n'existe pas encore, mais plus simplement de formaliser en quelques pages ce qui est déjà sur le bout de toutes les lèvres des participants.

Grâce aux initiateurs de la Nuit Debout, le cadre est déjà prêt. La démocratie délibérative est de fait le meilleur processus pour conclure un manifeste sans exclure des manifestants. Encore faut-il avoir le courage politique de transformer les manifestations de la Nuit Debout en autant d'ateliers d'écriture, tant que la dynamique ne s'est pas encore essoufflée. C'est, ni plus ni moins, une course contre la montre. Avant qu'il ne soit trop tard, empressons-nous de donner un contenu au contenant.

Boycotte de la rencontre de Synergie(s) démocratique(s)

avril 12th, 2016

Le Parti Pirate appelle à boycotter la rencontre organisée par Synergie(s) démocratique(s) pour protester contre la présence d'organisations d'extrême droite.

Depuis plusieurs mois le Parti Pirate s'est engagé dans un processus de convergence d'initiatives « citoyennes » indépendantes du système politique. Les « nuits debout » ne font que rendre plus palpables le rejet du statu quo démocratique. Cette ébullition est tout à fait réjouissante et marque peut-être bien le prologue d'une nouvelle page d'histoire. A ce titre le Parti Pirate se considère un devoir d'être parti prenante à la réussite et à la pérennisation des initiatives et des rassemblements.

Parmi les écueils attendus, l'entrisme, et particulièrement celui de l'extrême-droite, est un problème à prendre en considération avec adresse et fermeté. Certaines initiatives qui se proclament « citoyennes", pratiquent un confusionnisme mêlant rhétorique de mobilisation sociale et incantations xénophobes, identitaires, complotistes, négationnistes etc. . Le Parti Pirate met formellement en garde : admettre que de telles organisations participent à des rassemblements citoyens est une faute à la fois morale et stratégique. Il appelle les membres de tels collectifs à s'en détourner et à mettre leur ardeurs militantes dans les très nombreux mouvements citoyens et humanistes.

C'est à ce titre que le Parti Pirate refuse finalement de participer à la rencontre organisée par Synergie(s) Démocratique(s) qui accueille des organisations confusionnistes malgré de nombreuses mises en garde. Nous serons également vigilants vis à vis des mouvements qui y participeront car en la matière, la complaisance est déjà coupable.

le Parti Pirate appelle le peuple islandais à prendre le pouvoir

avril 5th, 2016

Le Parti Pirate français salue le travail exemplaire réalisé par les médias dans l'affaire dite « Panama Papers ». En coopérant à une échelle internationale et dans des mesures jusqu'alors inédites, les médias ont accompli leurs missions : celles d'un contre-pouvoir, indispensable à la démocratie.
Leur rôle s'arrête là et c'est aux citoyens d'écrire la suite.

Nous venons d'apprendre que les stars du foot, les politiques, les dictateurs et le crime organisé utilisent le même système de blanchiment d'argent, les mêmes combines, les mêmes services financiers. Cela dit assez l'état de délabrement éthique de nos élites internationales. Cela dit assez que notre système mondialisé est à réinventer.

Dans ce paysage dévasté, l'Islande occupe une position particulière. Son premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson , fait partie des six chefs d'état en exercice qui utilisent les services de Mossack Fonseca.

Les cinq autres sont des dictateurs. L'Islande est un état de droit. Et un pays où le Parti Pirate est crédité de plus de 40% d'intentions de vote. C'est légitimement que les islandais descendent dans la rue pour réclamer le départ de leur premier ministre. La relève est possible : les pirates sont prêts à relever le défi d'une société et d'une gouvernance véritablement démocratique et transparence.

Nous appelons les islandais à oser : oser renverser leur premier ministre, oser voter Pirate aux élections qui suivront, oser montrer l'exemple à l'Europe et au monde entier. C'est une voie difficile mais c'est l'unique voie d'espoir, pour l'Islande et au delà. Panama Papers nous l'a confirmé : les déviances et la corruption internationales sont systémiques, c'est à l'échelle de la planète qu'il faut les changer.

Ecologie : le grand renoncement.

mars 16th, 2016

Le camp du désintérêt pour le sort de la planète reste puissant dans la population française. Les résultats de l'enquête d'opinion conduite en 2015 pour l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) sont à cet égard édifiants.

Certes, la prise de conscience du devoir écologique de l'espèce humaine reste très prégnante dans notre société : 20% des Français sont très soucieux des problèmes liés à l'environnement et plus de 40% sont prêts à des sacrifices dans leur vie de tous les jours pour le protéger. Néanmoins, 24% des Français se déclarent désengagés face aux problèmes écologiques, et 20% considèrent qu'agir pour l'environnement n'en vaut la peine que si cela leur fait gagner de l'argent. A cela une explication très simple : l'examen attentif de la population écologiquement désengagée révèle une surreprésentation des pauvres et des chômeurs.

En d'autres termes, le principal obstacle à une mobilisation générale des Français pour sauver la planète est économique et social : l'appauvrissement croissant de la « France d'en bas ». Alors qu'en apparence l'écologie et la résorption des inégalités sociales semblent deux sujets distincts, il apparaît ainsi qu'une politique très active de redistribution des richesses est, indirectement, dans l'intérêt de la cause écologique.

Or, contrairement à la réputation punitive que lui assignent ses détracteurs néolibéraux, l'écologie peut justement être une source de réformes pour combattre le chômage et faire baisser la pauvreté. Prenons quelques exemples. Le développement massif des énergies non fossiles, pour sortir du tout-pétrole actuel, permettrait de soulager les ménages pauvres face au prix à la pompe. Un programme d'isolation thermique, dont les habitats les plus modestes ont le plus besoin, réduirait la facture énergétique des foyers français en général ; des foyers modestes en particulier. D'ambitieux grands travaux, comme ceux de fermeture des centrales si nous décidons de sortir du nucléaire, sont à même de créer des milliers d'emplois non délocalisables. La mise en place de taxes protectionnistes contre l'agriculture industrielle, notamment en provenance d'Allemagne et du Brésil, redonnerait de l'oxygène aux petits agriculteurs hexagonaux. Et ainsi de suite.

Malheureusement, nous ne prenons toujours pas le chemin de cette écologie de plein emploi et de réduction de la pauvreté. A contre-courant de la sortie du pétrole, le parti Les Républicains s'est laissé captiver par les trompeuses sirènes du lobby du gaz de schiste. Le Parti socialiste a instrumentalisé la question du nucléaire en général, et de la fermeture de la centrale de Fessenheim, pour renoncer par ailleurs à toute politique de « keynésianisme vert ». Europe Ecologie Les Verts a vu son état-major éclater entre les partisans d'une écologie sans renoncement carriériste, et ceux d'un renoncement carriériste sans écologique. Le reste est à l'avenant.

Il n'y a pas matière à débat quant à la nécessité d'être écologiste : car c'est l'avenir de l'humanité, au travers de l'avenir de son écosystème vital, qui est en jeu. Il est à cet égard profondément absurde que tant d'efforts aient été déployés si puissamment, si vite, et mondialement, pour sauver le système bancaire mondial de l'écroulement après le Krach de 2007-2009 ; mais que si peu soit fait, en France et chez les autres grandes puissances mondiales, pour sauver une planète qui nous est pourtant indispensable.

Traité transpacifique, traité transatlantique : le grand retour des « traités inégaux ».

mars 7th, 2016

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis sont le fer de lance d'une tentative de réorganisation du commerce mondial sur une base encore plus inéquitable. Pour ce faire, ils essayent de faire adopter à marche forcée des traités internationaux de libre-échange qui, toutes proportions gardées, ne sont pas sans rappeler les « traités inégaux » du 19ème siècle.

A l'époque, les grandes puissances coloniales les signèrent avec des pays tels que le Japon et la Corée pour les asservir économiquement, ne respectant ainsi que d'un point de vue formel leur souveraineté nationale. Similairement, aujourd'hui, l'hyperpuissance économique américaine s'efforce de mettre à jour à son avantage les échanges internationaux.

Le Traité transpacifique signé le 4 février dernier est à cet égard une grande victoire pour Washington. Dans une vaste zone qui inclut notamment les Etats-Unis, le Japon, le Canada, le Mexique, l'essentiel de l'Océanie et tout un pan de l'Asie du sud-est, ce texte renforce considérablement la position de rente des grandes compagnies américaines via les règles de copyright. Comme l'a souligné la Electronic Frontier Foundation, c'est fait au détriment des libertés et des innovations numériques. C'est aussi fait au détriment du soin envers l'humain : en particulier, cela va immensément retarder la mise sur le marché de médicaments génériques dans les pays pauvres. Julian Assange, cofondateur de Wikileaks, a par ailleurs observé que le texte se limite aux vœux pieux inconsistants en ce qui concerne la protection de l'environnement.

Or, ce n'est qu'un traité parmi d'autres de même nature qui sont en cours de négociation. Le plus dangereux est sans conteste le projet de Traité transatlantique, destiné à instituer une grande zone commerciale euro-américaine. Les périls sont multiples. Comme le Traité transpacifique, il est question de donner pouvoir aux firmes transnationales de traîner les Etats, pourtant souverains, devant des tribunaux de droit privé. Il est également question de démanteler le système « à la française » des appellations d'origine protégée ; de créer un marché commun de la finance sans aucun système commun de régulation et de contrôle ; d'autoriser sur les marchés d'Europe des produits américains tels que les viandes traitées chimiquement ; de laisser libre cours au déploiement des géants Netflix et Amazon quitte à balayer ainsi les autres acteurs de l'économie culturelle ; et ainsi de suite.

Face à ces menaces, sans doute le premier remède est-il la transparence. Nous, citoyens européens, avons le droit de savoir ce que les négociateurs du Traité transatlantique s'apprêtent à mettre dans nos assiettes, dans nos vies, autour de nos comptes en banque, et autour de nos métiers. L'argument du nécessaire secret du mandat donné aux négociateurs est à cet égard risible : à l'heure de l'espionnage massif de tous et de chacun par la NSA, il constitue une pure billevesée.

Contre la marchandisation de la planète, nous avons droit à un débat adulte, ouvert et responsable sur l'avenir du commerce entre les peuples. Sur ce point, les partisans de l'opacité sont d'ailleurs fragilisés par une énorme contradiction : on ne peut pas être pour le libre-échange des marchandises, mais contre le libre-échange des points de vue sur la façon d'organiser ce commerce mondial.

Contre la loi El Khomri, pour une véritable démocratie en entreprise

mars 2nd, 2016

le Parti Pirate s'oppose à la loi El Khomri et appelle à participer aux manifestations du 9 mars

Détricoter le droit du travail français, vieille lune du MEDEF, n'est pas une tâche facile ni de nature à vous rendre populaire à dix huit mois des élections. Pour la mener à bien, le gouvernement socialiste a trouvé une solution : la déléguer aux entreprises et aux représentants du personnel sous couvert de réforme démocratique.

Promouvoir le référendum d'entreprise et substituer les accords d'entreprise à la loi nationale, c'est faire croire à un système qui donne plus de responsabilités aux salariés et à leurs représentants. Mais la réalité est inverse. Avec le projet de loi El Khomri, les droits vont reculer sur tous les fronts : augmentation du temps de travail, diminution du salaire, perte de protections.

Rappelons que le rapport de force entre l'employé et l'employeur est par nature inégalitaire, surtout dans une société frappée depuis des décennies par le chômage de masse. En plafonnant les indemnités des prudhommes en cas de licenciement sans cause réelle ni sérieuse et en facilitant le recours au licenciement économique, la loi El Khomri aggrave ce rapport de force. Comment imaginer que dans ce contexte la négociation avec les partenaires sociaux pourra être équilibrée ? Les salariés devront choisir entre le chômage et la perte de leurs droits.

Dix sept millions de français sont salariés dans une entreprise privée. Ils y passent le plus clair de leur temps de vie éveillée et ce qu'ils y font conditionne le reste de leur existence, personnelle et familiale. Une entreprise est un système pyramidal et autoritaire. Rendre ce système plus démocratique, voici qui constitue un des défis majeurs de notre époque.

Inventer la démocratie en entreprise

Un référendum d'entreprise ? Pourquoi pas mais en l'état la mesure est insuffisante. Le référendum est un outil démocratique extrêmement primaire : celui que propose la loi El Khomri est plus limité encore. Si l'objectif est de rendre les salariés acteurs de leurs destins au sein des entreprises, il faut aller plus loin.

Pourquoi copier au sein des entreprises les travers de la démocratie représentative en remplaçant les partis traditionnels par les syndicats ? Pourquoi un réferendum ne pourrait être initié que par 30% des syndicats et pas, mettons, par 10% des salariés ? Et pourquoi n'aurait-il pour objet que les accords d'entreprise et pas sa stratégie, son positionnement, sa politique générale ? Et pourquoi simplement un référendum et pas la co-construction d'un projet commun où chaque acteur amènerait ses idées, ses compétences et sa créativité ? Voici ce qui serait une véritable réforme responsabilisant les salariés...

Le fait que madame El Khomri et monsieur Valls invoquent à mots plus ou moins couvert le 49-3 dit assez le cas qu'ils font de la démocratie. Qu'un gouvernement prétendument socialiste, en tous cas arrivé au pouvoir sur un programme de gauche, propose une loi qui n'est pratiquement soutenue que par le MEDEF est également significatif de l'état dans lequel se trouvent nos institutions.

Pour toutes ces raisons, le Parti Pirate s'oppose à la loi El Khomri et appelle à participer aux manifestations du 9 mars

L’état d’urgence permanent mène à l’État policier.

février 29th, 2016

Même les plus farouches défenseurs des libertés individuelles, dont nous sommes, admettaient le 13 novembre 2015 qu'il était nécessaire d'activer les pouvoirs policiers exceptionnels de l'état d'urgence. En revanche, il faut avoir le courage politique d'affirmer que par définition, au bout de quelques semaines, l'état d'urgence, système extraordinaire décrété brièvement face à l'urgence, ne saurait être prolongé.

En effet, de deux choses l'une : soit la menace n'est plus aussi forte, et dans ce cas l'état d'urgence doit être levé ; soit la menace est durable, et dans ce cas son existence ne saurait justifier l'extinction tout aussi durable des contre-pouvoirs de notre régime démocratique.

Par ailleurs, en plus d'être politiquement dangereux, l'état d'urgence est tout à fait inefficace. De fait, à mi-janvier, sur plus de 3000 perquisitions, seules 4 ont abouti à des procédures antiterroristes.

Pourtant, à l'instar du Premier ministre Manuel Valls, certains prétendent que l'état d'urgence doit perdurer aussi longtemps qu'il y aura un risque élevé d'attentat. Ont-ils bien réfléchi aux conséquences d'un tel engrenage ? Eu égard à l'engagement militaire de la France contre Daesh et Al Qaïda, la menace est appelée à perdurer pour encore plusieurs années. À suivre Manuel Valls, il faudrait donc en déduire un état d'urgence de plusieurs années lui aussi.

Outre la stupidité du concept, qui tient de l'oxymoron, cette situation transformerait purement et simplement notre régime démocratique en un Etat policier. En effet, l'état d'urgence consiste à légaliser des pouvoirs policiers extraordinaires, arbitraires, et sans contrôle judiciaire ni avant ni pendant l'action policière. L'instaurer dans la durée revient donc, ipso facto, à faire de la France un Etat policier où la justice ne passe que là où la police le veut bien.

Les militants écologistes assignés à résidence en vertu de l'état d'urgence, alors qu'ils n'ont rien à voir avec la menace terroriste, l'ont constaté à leurs dépens. Même chose pour les mouvements et collectifs auxquels on a refusé, dans toute la France, le droit de manifester et de se rassembler : et ce, au nom de l'état d'urgence, alors que d'autres obtenaient ce droit. Même chose encore pour les Français de confession musulmane qui ont subi, selon le récent rapport de l'ONG Human Rights Watch, de graves discriminations policières dans le cadre des perquisitions massives post-attentats.

Face à cette dénaturation terrifiante de la démocratie française, l'argument central des partisans de l'état d'urgence permanent est toujours le même : « La sécurité est la première des libertés ». Ils prétendent que ce principe a été établi par la Révolution française. C'est faux. C'est même un contresens grossier. L'article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 proclame : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. » Or, à l'époque, en rupture avec la monarchie d'avant 1789, le droit à « la sûreté » désigne non pas la sécurité de nos biens, mais bien la garantie pour chacun que ses libertés seront toujours respectées contre une arrestation, un emprisonnement ou une condamnation arbitraire.

En d'autres termes et n'en déplaise aux partisans de la dérive vers toujours plus d'autoritarisme, la sécurité n'est pas la première des libertés. Plus simplement, la première des libertés, c'est la liberté elle-même.

illustration @nawak

François Hollande ou le triomphe de l’esprit courtisan.

février 22nd, 2016

Le remaniement gouvernemental aura jeté sur la vie politique traditionnelle une lumière crue. François Hollande y est apparu aux yeux de tous comme ce qu'il est : un expert des jeux d'appareils politiques, mais rien de plus.

Les partis classiques de gauche s'y sont montrés tels qu'ils sont : des écuries dans lesquelles des carriéristes s'agitent en tous sens, prêts à tout pour pouvoir faire un jour un tour de manège ministériel. Europe Ecologie Les Verts, tout particulièrement, s'est révélé une épouvantable machine à trahir la rectitude morale que, pourtant, les écologistes avaient su jadis réinsuffler dans la vie politique française.

Il serait facile de dénoncer les hommes et les femmes qui se commettent dans ces jeux sordides. Néanmoins si ce triste spectacle perdure, c'est bien que le système politique lui-même pose problème. Appelons-le par son nom : c'est la Cour de Versailles. Le monarque concentre entre ses mains des pouvoirs phénoménaux. Autour de lui les courtisans sont sans cesse empressés, dans l'espoir qui d'un titre, qui d'une rente, qui d'une pension. Cet univers faux, laid, superficiel, est une tour d'ivoire de flagorneries et de manœuvres d'intrigants.

Pendant ce temps, en dehors de la Cour de Versailles, et bien loin du champ de vision de l'expert en jeux d'appareil qui la gouverne, les mouvements citoyens locaux, les collectifs, les réseaux de solidarité informelle, les formes alternatives de solidarité, se multiplient sur le terrain. Il est donc faux de gloser sur une soi-disant dépolitisation du peuple français. Les Français vomissent les jeux politiciens de la Cour, mais gardent intacte leur passion de la politique en tant que vocation du bien commun.

Cette situation malsaine ne peut plus durer : entre d'un côté les intrigues médiocres d'une Cour prisonnière de ses vanités carriéristes, et de l'autre côté les mouvements alternatifs qui pullulent pour compenser la vacuité de la Cour. Ceux qui veulent une vie politique doivent donc faire front commun pour remplacer ceux qui veulent une vie politicienne. Quant à lui, le Parti pirate français est donc déterminé à agir pour qu'émerge en 2017 le rassemblement alternatif le plus large possible, avec l'objectif parfaitement clair de mettre un terme au vain spectacle des courtisans.

François Hollande ou le triomphe de l’esprit courtisan.

février 22nd, 2016

Le remaniement gouvernemental aura jeté sur la vie politique traditionnelle une lumière crue. François Hollande y est apparu aux yeux de tous comme ce qu'il est : un expert des jeux d'appareils politiques, mais rien de plus.

Les partis classiques de gauche s'y sont montrés tels qu'ils sont : des écuries dans lesquelles des carriéristes s'agitent en tous sens, prêts à tout pour pouvoir faire un jour un tour de manège ministériel. Europe Ecologie Les Verts, tout particulièrement, s'est révélé une épouvantable machine à trahir la rectitude morale que, pourtant, les écologistes avaient su jadis réinsuffler dans la vie politique française.

Il serait facile de dénoncer les hommes et les femmes qui se commettent dans ces jeux sordides. Néanmoins si ce triste spectacle perdure, c'est bien que le système politique lui-même pose problème. Appelons-le par son nom : c'est la Cour de Versailles. Le monarque concentre entre ses mains des pouvoirs phénoménaux. Autour de lui les courtisans sont sans cesse empressés, dans l'espoir qui d'un titre, qui d'une rente, qui d'une pension. Cet univers faux, laid, superficiel, est une tour d'ivoire de flagorneries et de manœuvres d'intrigants.

Pendant ce temps, en dehors de la Cour de Versailles, et bien loin du champ de vision de l'expert en jeux d'appareil qui la gouverne, les mouvements citoyens locaux, les collectifs, les réseaux de solidarité informelle, les formes alternatives de solidarité, se multiplient sur le terrain. Il est donc faux de gloser sur une soi-disant dépolitisation du peuple français. Les Français vomissent les jeux politiciens de la Cour, mais gardent intacte leur passion de la politique en tant que vocation du bien commun.

Cette situation malsaine ne peut plus durer : entre d'un côté les intrigues médiocres d'une Cour prisonnière de ses vanités carriéristes, et de l'autre côté les mouvements alternatifs qui pullulent pour compenser la vacuité de la Cour. Ceux qui veulent une vie politique doivent donc faire front commun pour remplacer ceux qui veulent une vie politicienne. Quant à lui, le Parti pirate français est donc déterminé à agir pour qu'émerge en 2017 le rassemblement alternatif le plus large possible, avec l'objectif parfaitement clair de mettre un terme au vain spectacle des courtisans.